Carnet de guerre

de M. Benjamin CANAC

 

140 ème RI 3ème compagnie 6ème section

 

puis 159 ème RIA 1ère compagnie 8 section

 

Retranscrit à partir d’un carnet petit format de 1914

 

 

Résumé de la guerre de 1914 déclarée le 1/8

 

 

 

 

 

D'après le site mémoire des hommes qui recense tous les morts pour la France de la Grande Guerre il apparaît que Benjamin CANAC a survécu au conflit.

 

 

Merci à Marc ESMENJAUD pour ce travail de retranscription et pour le don de ce document.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nota : pour une lecture plus facile les indications de date, de lieux et les principales articulations du déroulement des opérations ont été mis en évidence bien que ne figurant pas directement dans le document original.

 

Mobilisation et bataille des frontières


 

31 Juillet

Grenoble

Le 2 était un dimanche

 

 

Bruyères

 

7 Août

Bruyères

 

 

8 Août

Lépanges

 

 

 

10 Août

Corcieux

 

 

 

11 Août

Fraize

Col des Fourneaux

Clefcy

 

 

12/13 Août

Clefcy

 

 

Wissembach

 

 

14 Août

Col de Ste Marie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

15 Août

Col de Ste Marie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16 Août

Col de Ste Marie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Wissembach

Ste Marie aux mines  

 

 

 

17/19 Août

Sainte Croix

 

 

 

 

 

 

Wissembach

20 août

Saales

St Blaise la Roche

 

21 août

Saulxures

 

 

 

 

 

 

 

 

22/24 août

Col des Hautes loges

MoyenMoutier

 

 

 

25 août

Attaque col

 

 

 

26/28 août

 

Saint Michel

 

29 août/

2 Sept

Sauceray

 

 

3 septembre

Col de la Croix Idoux

 

4/5 sept

En réserve

 

6 septembre

Col

 

Retraite

Rouges Eaux

Col

 

7/11 sept

Réserve de division

Rouges Eaux

 

 

 

Départ de La Côte Saint André le 31/7 à 9 heures du soir pour se rendre à Grenoble.

La mobilisation commençait à minuit le 1er août ; c’était un dimanche.

Nous sommes restés à Grenoble le 1-2-3-4 et nous sommes partis le 5 à 9 h du soir pour aller nous embarquer sur un endroit inconnu./ Nous avons quitté la gare de Grenoble à minuit. On est passé par Chambéry-Aix les Bains-Dôle-Vesoul-Epinal et Bruyères.

 

On nous a débarqué à Bruyères, après 51 h de chemin de fer le 7/8. En sortant de la gare l’on nous a menés dans la caserne du 158ème dite caserne Mangin pour nous faire reposer un peu.

 

Le 8/8 6 h réveil. Départ à 7 h pour Lépanges à 4 kilomètres où l’on a cantonné le soir

Le lendemain, 9/8, l’on a été à l’exercice 1 h on faisait une sale mine, c’était dimanche.

 

Le 10 réveil à 4 h du matin. Départ à 5 h direction Corcieux où l’on est arrivé à midi pour prendre les avant postes.

On est tout de même sorti le soir jusqu’à 8 h ½-9 h alerte pour partir. L’on est resté sur place de 9 h (du soir) à 1 h du matin, on gelait !

 

Ensuite l’on nous a dirigé sur le bataillon qui marchait sur Fraise (le 11/8) Une fois à Fraize il a fallu grimper sur la montagne, au col des « fourneaux » pour renforcer le 75 ème qui se battait déjà.

Comme l’on allait prendre position l’ennemi reculait. Ils nous font redescendre à 1 h de l’après midi par une chaleur étouffante pour aller cantonner à Clefcy. Les ¾ de la colonne est resté en route.

 

Le lendemain, 12 août, on avait rien à manger, alors voilà que l’on part à la chasse aux poules. L’on rentre dans un poulailler, on en prend deux chacun et l’on a bien diné.

Voilà que vers 1 h de l’après midi l’on reçoit l’ordre de partir pour Wissembach. Nous avons marché depuis 2 h jusqu’à 10 h du soir. Pas plus tôt arrivés l’on se couche.

 

Minuit alerte ! et nous voilà parti pour le col de Sainte Marie (le 13) Après 2 h de montée l’on s’arrête à 100 m du col on nous fait coucher sur le bord du talus jusqu’au jour. Le jour arrive (14) l’on se lève et on se promenait d’un côté et d’autres. Vers 9 h on entend un coup de canon. C’était nos batteries de 75 qui attaquaient. Une demie heure après l’on voit au dessus de nos têtes une fumée noirâtre, c’était les obus boches qui éclataient sur nos têtes.

L’on nous avait mis justement à l’endroit le plus dangereux. Ce n’était que des obus fusants et ils éclataient trop haut pour nous faire du mal. Quelques éclats venaient tomber à nos pieds sans blesser personne. J’avais une frousse terrible et je dis à mon copain : "notre heure est venue » et vous pouvez croire que je ne me faisais pas prier pour mettre le nez à terre et le sac sur la tête. Au 2ème obus un morceau vient tomber entre nous deux (Chion). Le feu dura ainsi jusqu’à 3 h, jusque vers midi. De midi à 3 h nous avons été tranquilles. Ne voilà pas que vers 3 h ils recommencent jusque vers 5 h. Cela a duré ainsi.

 

Le 15 pour la même heure ils ont repris le feu. Mais c’était nos batteries qui répondaient.

A 9 h 5 un coup part sur notre tête. Rien. Pas de mal. Un deuxième coup éclate à 8 m de nous. Mon copain Petit, de la 1912, un éclat lui partage la visière du képi, rentre au dessus de l’œil gauche et ressort derrière l’oreille droite. Il était appuyé à un rocher. Quand on l’a relevé, il était mort. (voir sa fiche de décès à la fin du carnet).

 Nous le regardons, la cervelle était collée au roc, mélangée de sang. Le même obus avait touché le sergent Millet à une jambe et l’adjudant Raynard au milieu de la poitrine ; ils n’étaient que blessés. Cette rafale a duré 2 heures. Quand cela eut fini, on se regardait tous pour voir s’il en manquait pas d’autres. Le sergent Duthel, un éclat lui avait arraché un morceau de son galon, déchiré sa capote, de même que dans sa cartouchière, l’éclat lui avait fait éclater une balle et lui en avait englouties (sic) 4 autres.

Le soir nous avons pris les avant postes.

 

Le lendemain à 8 h, ils ont recommencé le tir d’artillerie mais alors ils lançaient des 105, c’était des percutants. Sur le nombre il y en a un qui est tombé à 4 ou 5 m de la compagnie. Heureusement que nous nous trouvions dans un bois de sapin à la gauche du col de Sainte Marie. Il a renversé le sous lieutenant Roubaud et le caporal Grua Dunoyer. Ils ont reçu des éclats de branches sur les épaules mais point de mal et moi j’étais tout rempli de terre. Je suis resté deux heures que je n’entendais rien d’une oreille, elle était bouchée de terre.

 

A midi nous avons été relevé par le 7ème bataillon de chasseurs alpins de Draguignan. Ils y sont restés environ 9 h et ils ont eu la nouvelle que Sainte Marie était entre nos mains et qu’il fallait descendre de suite.

Quant à nous nous étions descendus à Wissembach pour nous reposer.

Nous avons reçu l’ordre de partir à 6 h du soir pour occuper Sainte Marie auquel nous sommes arrivés à 10 h du soir sous la pluie tout le temps.

Nous avons cantonné dans l’usine d’apprêt.

 

De là nous avons descendu le lendemain (17) soir à 6 h ½ pour Sainte Croix pour occuper les avants postes.

Le 18 au soir l’on nous fait quitter les avant postes de sur la route pour aller occuper la crête de droite. On ne voyait rien ni aucun bruit. On nous y a fait passer la nuit du 18 au 19.

Dans la journée nous avons été nous reposer derrière la crête de Sainte Croix jusqu’à 5 h.A 10 h du soir, alerte pour partir. On est reparti à 11 h du soir de Sainte Croix pour remonter le col. Point de rassemblement Ste Marie. Ensuite descendus à Wissembach. A 500 m du village il y a eu une halte de 1 h pour faire le jus.

Le 20, départ à 6 h pour Saales où nous sommes arrivés à midi. 3 h de repos, départ à 9 h pour aller en première ligne. Nous avons cantonné à Saint Blaise la Roche (Allemagne)

 

Et le lendemain matin départ à la première heure pour monter sur les hauteurs. Arrivés à 8 h. Environ ½ heure après nous essuyons quelques coups de fusils dont nous avons riposté très énergiquement. Alors la fusillade s’est déclenchée et cela a duré jusqu’à 10 h. Tranquilles ensuite jusqu’à 3 h.

A 3 h assaut à la baïonnette, nous avons eu 4 blessés et 3 morts.

C’était le 21 août à Saulxures. Nous avons eu l’avantage, nous avons occupé la crête tout de suite. A 5 h du soir, relevés par la 28 ème division du général PAU.

 

Nous sommes partis de suite pour aller occuper le col de haute Loges ( ?) et le Kiosque. Arrivés à 3 h de la nuit. Couchés dans les bois la nuit du 22 au 23. Descendus le lendemain à 16 h pour Moyen Moutier. Arrivés à 22 h.

 

Le 25 montés à la scierie pour attaquer le col. Le capitaine a été tué. La première section perdue ou prisonnière.

Après le combat nous nous sommes rassemblés à la maison forestière. Couché aux alentours.

 

Le 26, resté dans le bois sous la pluie de même que le 27 et le 28 jusqu’à 8 h du matin. L’ennemi nous a repoussé jusqu’à Saint Michel. On a été couché dans la maison forestière. Restés le  jour dans le bois.

 

Le soir du 29 descendus à Sauceray pour y prendre les avant postes. Restés là le 30, 31 le 1eret le 2 septembre. Le jour du 2 on s’est battu toute la journée. A 4 h du soir l’ordre est venu de se retirer en arrière du village parce que les mitrailleuses nous faisaient un mal terrible, surtout comme blessés.

 

A 8 h du soir lutte à la lisière du bois pendant une heure. Nous avons battu en retraite jusqu’au col de la Croix Idoux. Couché la nuit du 2 au 3. Le lendemain nous avons occupé la droite de la Croix Idoux.

 

Le soir reçu l’ordre de battre en retraite. Descendu le col et couchés 4 et 5 septembre étant de réserve.

 

La nuit du 6 nous sommes remontés au col sur la gauche. Attaque à la pointe du jour jusque 10 h nous avons repoussé l’ennemi. On a occupé le col. A 3 h du soir attaqués par l’ennemi, soutenu le feu pendant 1 h ½, le capitaine tué ; l’ordre est venu du sauve-qui-peut.

Nous avons battu en retraite jusqu’à Rouges Eaux.

Remontés le soir du 6 au col. Couchés en réserve du 2ème bataillon.

 

Le lendemain 7 relevés à 8 h du matin par le 52 ème. On est descendu à Rouges Eaux comme réserve de division. Restés là 4 jours jusqu’au 11.

Le 11 au soir, les allemands ont évacué toute la ligne.

 

 

 

Evacuation sanitaire

 

12/18 sept.

Evacuation sanitaire

Bruyères

Moriviller

 

 

Le 12 au matin je me fais porter malade parce que j’avis reçu un éclat d’obus sur le pied droit et l’on m’évacue sur Bruyères parce que le régiment allait au village de Moriviller où j’ai rejoint le bataillon le 18 au soir.

Course à la mer

Transport du 140 ° à Lihons en Santerre (Somme 80)

19/21 sept.

Déplacement

Thaon-Corbeil

Lieuviller

 

 

Rosières

 

 

23/25 Sept.

Lihons

 

Le 19 nous avons été embarqué à Thaon à huit heure du matin. Voyagé jusqu’au 21 débarqué à Corbeil (CREIL ?) le soir à 10 h. Couché la nuit,

parti le lendemain 22 à 7 h du matin. Marché sans sac pour aller à Lieuvillers où on a couché.

Repartis le lendemain, marché encore sans sac. Halte à midi au village de ……..

Repartis le soir à 10 h pour Rosières à 6 km. Couchés sur la route jusqu’au matin. 7 h rentré au cantonnement à 8 h. 10 h alerte.

 

On part pour Lihons. A 2 h on était en ligne. Restés le soir du 23, le 24 et 25.

 

2 ème évacuation sanitaire

26sept/20 oct

2 ° évacuation sanitaire

 

Montdidier

Paris

Chartres

Dreux

 

 

J’ai été blessé le soir à 9 h le jour du 26 par une shrapnell au dessus de l’œil gauche. J’ai couché à Lihons et je suis parti le 27 au matin pour Rosières à 8 h. J’ai pris l’auto à 5 h du soir pour aller prendre le train à Holgricourt ( ?)  Pierrepont. Nous sommes descendus à Montdidier pour nous ravitailler, il était 6 h du soir. Départ à 11 h de Mont didier pour Dreux (Eure et Loir). Arrivés le lundi matin à Paris. Nous avons tourné tout le jour pour arriver à Versailles le soir à 5 h. Repartis pour Chartres. arrivés à 10 h du soir le lundi. L’on nous a fait coucher dans les wagons. Le mardi matin à 6 h, départ pour Dreux où nous sommes arrivés à 8 h du matin le 29. C’était un hôpital complémentaire. J’ai été pansé à 9 h et l’on m’a extrait la balle. Je suis resté le 30, le 1er, le 2 et le 3, encore assez fatigué. Ensuite quand j’ai été mieux, l’on m’a envoyé chez Mme Grégoire en pension jusqu’au 10 au soir.

 

 

Grenoble

 

Convalescence

 

 

 

Je suis sorti de l’hôpital le 11 d’où je suis descendu à Grenoble. J’ai passé par Paris où je me suis arrêté de 6 h à minuit. Ensuite descendu en gare de Lyon pour prendre le train de 0 h 05minutes. Je suis arrivé à Grenoble le 13 à 3 h du soir. Le lendemain matin à la visite l’on m’a mis exempt de service. J’ai repris mon service le 18 jusqu’au 20

2 ème tournée au front

20/29 octobre

Ronzières

 

 

 

30 octobre

Quesnoy en Santerre

 

 

 

 

Je suis reparti au convoi du 20 pour aller rejoindre le 140 ème à Ronzières où je l’avais quitté. Nous y sommes arrivés le 23 au soir ; à 7 h l’on nous met dans les compagnies et nous restons là jusqu’au 30 à 2 h du matin.

 

Départ pour aller attaquer au Quesnoy en Santerre en avant du Bouchoir ( ?)

Sorti des tranchées à 9 h du matin ; l’attaque a échoué. Nous sommes restés jusqu’au soir dans les betteraves. La nuit du 30 au 31 nous nous sommes retranchés et le lendemain à 5 h nous sommes rentrés au Quesnoy.

 

3 ème évacuation sanitaire

 

 

 

Le Bouchoir

 

 

 

Quesnelle

 

Moreuil

Creil

Nantes

 

Saint Nazaire

 

 

 

 

 

 

 

 

11 novembre

29 décembre

La Baule

 

 

 

 

 

Convalescence

 

 

 

 

 

Le Poujol

 

 

 

 

 

 

Grenoble

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierrelatte

 

 

Briançon

Au même instant je suis blessé par un shrapnell dans l’épaule gauche et soulevé par un obus dedans ma tranchée. J’attends une ½ heure et je recule d’environ 400 m. Le sergent Lasseigne me fait le pansement et je lui fais le sien ensuite. Puis nous partons par le boyau jusqu’au Bouchoir. En arrivant au poste de secours nous descendons à la cave. Un quart d’heure après un obus traverse les deux murs de la maison et va éclater devant la partie de la cave où nous étions.

A huit heure du soir l’on nous envoie sur le village du Quesnelle où on couche à la Mairie.  Le 30 octobre, le matin à huit heure on nous fait prendre les autos pour Moreuil. C’était le 31. Le soir à 4 h on prend le train pour Creil. En arrivant on nous donne à manger, ensuite on nous embarque pour Nantes. On est parti de Creil à 1 h du matin. C’était le 1er novembre. Voyagé le dimanche, jour de la Toussaint. Le lundi 2, arrivés à Saint Nazaire à 8 heure du matin. L’on nous envoie à l’hôpital temporaire numéro 2.

Le soir à 3 h l’on m’extrait la shrapnell. Le mardi jeudi et dimanche l’on a la visite des dames charitables. Elles nous apportent à fumer, du chocolat, des bonbons … enfin tout ce que l’on veut. La femme du général commandant la place de Saint Nazaire et celle du commandant. A toutes les personnes qui venaient nous voir, il fallait que je lui fasse voir mes deux trous de balles ainsi que les projectiles. Une personne voulait m’en acheter une 20 francs, j’ai refusé et c’est mon copain Coup qui lui a donné la sienne. Je suis resté dans cet hôpital jusqu’au 11 novembre. De là l’on m’a envoyé à La Baule sur mer à 15 km de Saint Nazaire. Là nous étions beaucoup mieux. C’était un casino transformé en hôpital/ambulance. Il était tenu par les dames de La Baule. De temps en temps, le dimanche, on était invité à dîner en ville surtout chez des réfugiés des Vosges et comme nous avions fait campagne dans ces parages ils aimaient bien à nous faire parler. J’y suis resté jusqu’au 29 décembre.

Je suis sorti le 29 au matin pour rentrer au dépôt à Grenoble mais une fois à Saint Nazaire on nous a donné une permission de 7 jours datée du 31/12 au 7 janvier 1915. Je suis parti de Saint Nazaire à 9 h du soir. Le 29 arrivé à Nantes à minuit reparti à minuit 5 minutes après pour Narbonne. J’ai pris le rapide de Bordeaux où je suis arrivé à 6 h 55 du matin. A 7 h reparti pour Narbonne. Arrivé à 3 h du soir le 31. J’y suis resté 4 jours chez mon oncle. De là je suis allé voir mon père au Poujol. Arrivé à 7 h du matin, j’y suis resté jusqu’au soir 5 h. Le lendemain à 9 h j’ai pris le train pour Montpellier. Arrivé à 12 h ; dîné avec la cousine. Ensuite Henri est venu vers une heure, nous avons passé la soirée ensemble. Le lendemain7 janvier à 11 h du soir j’ai pris le train pour rentrer à Grenoble où je suis arrivé à 8 h du matin.

 

Le 8 j’ai été dire bonjour à madame Champagnier et ensuite je suis rentré au poste à 2 h de l’après midi. L’on m’a affecté à la section hors rang. J’ai passé la visite le 9 au soir : bon pour le camp de Pierrelatte. Descendu à Pierrelatte le 11 janvier. En arrivant on m’affecte à la 25 ème compagnie. Nous étions une dizaine de copains. Nous sommes restés huit jours ; personne ne nous connaissait à la compagnie. Ensuite nous passons à la trentième. Le 18 au soir où je suis resté jusqu’au 7 février.

 

Nous sommes partis de Pierrelatte le 7 à six heure le soir pour Grenoble. Nous y sommes arrivés à minuit. On nous a affecté à la 26 ème le lendemain à 10 h du matin. Le soir on nous a équipé prêts à partir et nous avons attendu jusqu’au 12. Le 13 départ à 5 h pour Briançon. Arrivés le soir à 7 h. L’on nous fait coucher à la caserne Berwick. Le lendemain 14, revue de départ et

 

Au front

1915 : les tranchées au nord d’Arras

Retour au front :

Arras

 

21 janvier 1915

Berthonval

Repos à ACQ

 

 

 

Frévin Capelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6 mai 1915

le 16 au matin nous sommes repartis pour le front à Arras. Le régiment était à Saint Eloi. Nous avons passé par Veynes, Livron, Valence, Lyon. Nous avons débarqué à Lavy Borlettes. Marché à pied jusqu’à Frévin Capelle où nous avons couché. Le lendemain, 20 janvier à 10 h du matin fait le jus et repartir à 13 h pour Ecoine, rentré à la compagnie le 21 à 4 h du soir et de suite l’on nous a emmené en première ligne à Berthonval. Nous y sommes resté deux jours, jusqu’au lundi soir 23. relevés et descendus à Acq pour 4 jours de repos jusqu’au vendredi 27. Repris les tranchées 2 jours jusqu’au 1 mars au soir. Nous avions de la boue jusqu’aux genoux et de l’eau jusqu’aux fesses ; nous avons eu la pluie tout le temps. Nous avons été 4 jours à Acq et de là à Frévin Capelle pour 4 jours encore -les 7, 8, 9, 10. Repris les tranchées le 10 à 2 h de l’après midi ; nous y avons passé deux jours bien tranquilles. Redescendus le 12 au soir, cantonnés à Acq pour 4 jours. Le lendemain je vais avec le capitaine acheter des veaux. C’est moi qui faisait le boucher.

Repris les tranchée le 16 au soir jusqu’au 18. relevés pour aller cantonner à Ecoines 4 jours encore. Exercice tous les jours.

Remontés aux tranchées le 22 il a tombé de l’eau les deux jours. Quand nous avons été relevés le 24 nous ne pouvions plus sortir de dans la boue et pour comble de bonheur l’on nous envoie coucher à Haut Avesne. L’on nous a mis dans le cantonnement ; il pleuvait autant que dehors.

Repris les tranchées le 28 à 1 h de l’après midi jusqu’au 30 au soir. Il a fait un temps superbe.

Le lendemain au repos nous avons pris une bonne biture à l’occasion de ma fête, c’était à Ecoine au café du moulin de Chessy. Ensuite nous sommes remontés aux tranchées le 4 au soir. Beau temps les deux jours. En redescendant le 5 on a été bombardés.

Nous avons cantonné à Acq. Le capitaine, le lendemain achète un veau. J’ai eu l’occasion de couper à l’exercice les quatre jours. L’avant veille de remonter aux tranchées j’ai pris une bonne cuite avec Favat et Jourdan et cela nous a rien couté. J’allais chercher à boire chez la veuve Compagnon et nous y buvions chez la vieille aux trois mômes.

Le lendemain nous allons relever le 9 au soir vers 4 h. La pluie tombait gros comme le bras. Dans les boyaux nous avions de l’eau jusqu’à la ceinture. Nous y sommes restés deux jours jusqu’au 11.

Le quatrième bataillon qui venait du repos nous a remplacé. Nous cantonnons à *Acq pour 2 jours, les 12 et le 13 puis nous remontons prendre les abris le soir du 13. Il fait un temps superbe, nous y restons le 14 et le 15 en réserve. Le 16 et 17 nous reprenons les tranchées. Il a fait un temps magnifique. Le jour on se couche au soleil et la nuit on élargi les boyaux. En deux jours nous avons dormi 2 h ½. La relève est arrivée à 4 h du soir le 19. On va de nouveau cantonner à Acq.

Au bout des 2 jours l’on nous fait remonter. On croyait d’aller en réserve. En passant à Ecoine l’on nous apprends que nous allions à Saint Eloi pour deux jours. C’était un bon endroit pour le tir de l’artillerie allemande. Le 21 au soir avant de remonter aux tranchées le capitaine Sénéchal nous rassemble et nous dit que après ces deux jours de tranchées l’on nous enverrai au repos en arrière.

En effet le 23 au soir la relève est venue à 3 h de l’après midi au lieu de 5 h. Nous avons couché à Acq dans les baraquements. Le 24 nous n’avons rien fait. Le 25 à midi rassemblement pour aller au repos

Itinéraire : Frévin Capelle – Asnières –Aubigny – Lavy Berlette et nous voilà arrivés à Magnicourt en Comté.

Nous y avons resté le 26, 27, 28, 29 30 avril, le 1, 2, 3 et le 4 à 6 h du soir nous sommes repartis pour Saint Eloi.

Pendant nos séjours à Magnicourt, le capitaine nous emmenait à la chasse tous les jours. Un jour avec la 2 ème compagnie nous avons tué 16 lièvres ou lapins (9 lièvres et 7 lapins).

Le soir après la soupe nous étions 5 ou 6 copains ; nous allions faire des bons petits gueuletons dans un bois. Nous invitions souvent à souper

avec nous un manche de poêle, un aéroplane ou un sous marin. Quand ce n’était pas deux ou trois. J’étais avec Heuzé, Berthon, Rognon, Valentin et Stylo. Comme cuisinier c’était Berthon, caviste Rognon, Valentin épicier, chien de chasse Heuzé Stylo et ma pomme. Notre restaurant c’était Beauséjour tant regretté au départ.

Nous sommes passés par Cambigneul, Comblain, L’Abbé. Nous sommes arrivés à Saint Eloi à minuit et demie. Le lendemain ; le 6 nous n’avons rien fait. Berthon avait reçu un colis nous lui avons cassé les reins dans le pré à droite de la Tour. Les boches marmitaient sur les Tours. Un éclat d’obus est venu tomber à côté ; on ne s’est pas dérangé pour ça. Nous avons bu le vin vieux toute la soirée et nous étions gaz et nous avions toujours soif. Alors qu’est ce que nous faisons ? Moi je prends une capote à mon sergent et mes copains un fusil et nous voilà partis en tournée faire des rondes dans les bistros (à suivre) en remontant elle nous encore donné deux litres sans payer. On les a sifflé

dans le pré et ensuite nous sommes allés nous coucher.

 

Le lendemain nous reprenons les tranchées. C’était le 6 au soir. En arrivant je vais prendre le poste d’écoute 1 h. En revenant je m’assied pour manger un morceau de pain. Pas plus tôt assis, je reçois un éclat d’obus de 105du côté droit de la tête. Je suis resté environ ½ heure et ensuite je m’en vais sur Saint Eloi. On me fait un pansement et on me dit de me reposer un jour. Le lendemain matin, le major me coupe les cheveux, me met de la teinture d’iode et me renvoie dans les tranchées. Le soir on nous relève à 2 h pour aller en repos la nuit car le lendemain c’était l’attaque. Nous avons encore pris une bonne cuite.

 

9 avril  offensive d’Artois

9 mai

attaque

Saint Eloi

 

 

Réveil à 1 h du matin le 9. Départ pour les tranchées. Arrivés à la pointe du jour, l’on nous a mis dans les tranchées de première ligne.

A 5 h l’artillerie française a commencé à donner pour dix heures juste.

A 9 h ½ l’artillerie s’est arrêtée environ 5 minutes et a repris ensuite jusqu’à 10 h moins 1 minute.

A 10 h exacte tout le monde est sorti des tranchées. Nous arrivons dans leurs tranchées : pas un n’est sorti de son trou. Nous étions 5 comme nettoyeurs. Il y avait Boulanger, Dorel, Giraud, Perrin et moi. J’étais resté avec Giraud dans la première tranchée. Tout à coup il disparu ; je n’ai plus su où il était passé ; enfin je continue mon boulot tout seul (à suivre)

Environ une heure ½ après je reçois une balle dans l’avant bras droit. Je cherchais à m’en aller mais en arrivant dans la première ligne des boches le capitaine de Bizmon m’arrête et me fait rester encore une heure pour garder une sape où il y avait encore des allemands. C’était des officiers et ils ne voulaient pas se rendre

4 ème évacuation sanitaire

 

Berthonval

 

 

Saint Eloi

 

 

Combligneul

 

 

Aubigny

 

 

 

 

 

 

St Pol

Abbeville

 

 

12 mai

Aubervilliers

 

 

 

 

 

Romorantin

 

 

 

 

 

 

Pont Leroy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Convalescence

St Affrique

 

Narbonne

Montpellier

Pierrelatte

La Côte St André

 

 

 

 

 

Casernement

 

Enfin je finis par m’en aller au poste de secours du bois de Berthonval où l’on me fait un pansement. Avec moi j’avais emmené un prisonnier boche père de 5 ( ?) enfants).

Ensuite je pars vers Saint Eloi où j’arrive environ une heure ½ après.  Le deuxième poste de secours était derrière le bois de Saint Eloi sur la gauche où étaient les pièces ainsi que les ambulances qui transportaient les plus blessés jusqu’à Combligneul et je suis parti avec mais comme je n’étais blessé qu’au bras, je suivais à pied.

Nous y avons couché le soir. Le lendemain 10 à 6 h du matin l’on prend l’auto pour nous amener à Aubigny où nous restons du matin 6 h ½ jusqu’au soir 9h sur les trottoirs de la gare.

Nous étions plus de 3000 à attendre le train sans compter tous ceux qui étaient sur les brancards.

Nous commencions à avoir la dent depuis le samedi soir que nous n’avions rien mangé.

L’on nous embarque à 9 h du soir le 10 mai. Le 11 au matin nous n’étions pas arrivés encore à St Pol et c’était environ à 40 Km. On a commencé à nous ravitailler à Abbeville. C’était midi. Ensuite nous filons sur Amiens où nous arrivons à 5 h du soir.

 

Nous soupons assez bien et l’on nous expédie ensuite sur Aubervilliers où nous arrivons à 6 h du matin le 12.

L’on fait descendre tout le monde.

Les majors nous passent une visite pour en retirer les éclopés. Le soir on reprends le train pour une direction inconnue. Nous voyageons toute la nuit et le lendemain matin l’on était au jour à Tours. Nous attendons environ 1 h et l’on repart sur Orléans-Blois. Là nous changeons de train pour la direction de Vierzon et nous débarquons à Romorantin où l’on se croyait arrivés. Mais pas du tout ! une fois en gare, les majors nous comptent ; on était 350 et il n’en fallait que 200. Enfin ils nous envoient à la caserne du 113 ème d’infanterie. L’on nous fait bien ciner, ensuite pansements.

A 5 h la soupe.

Nous avons très bien soupé. A 6 h ½ nous repartons pour Montrichard. De là à Pont Leroy. C’était le 14 mai à 1 h du matin. Enfin nous arrivons à l’hôpital  à 2 h. J’y suis resté jusqu’au 9 juin. L’on nous a laissé sortir deux fois et c’est sans regrets que j’en suis sorti.

Départ pour Romorantin le 10 au matin. Passé par Montrichard – Bouvré – Saint Olignan sur Cher. Changé de train à Chierres. Repartis à 11 h ¾. Arrivés à Romorantin à 1 h, donné les noms et ensuite on a été dîné.

Le lendemain, le 11 on a passé la visite pour aller en permission et nous avons attendu jusqu’au dimanche.

Nous avons été au théâtre et le soir au quartier général. Enfin le lundi l’on nous prévient de nous tenir prêts à partir vers 2 h de l’après midi. Nous avons pris le train à 2 h pour Sainte Affrique. J’ai passé par Vierzon – Montluçon – Tournemine – Ste Affrique. Je suis arrivé le 15 à minuit à la maison. J’y suis resté 5 jours

Je suis parti le lundi 20 pour Narbonne ; j’y reste un jour et demie. De là je repars pour Montpellier de midi à 10 h du soir. En montant je me suis arrêté à Pierrelatte chez ma petite Rose toute la journée du 24. Je repars à 1 h pour La Côte Saint André où je suis resté jusqu’à 6 h du soir.

J’ai couché chez Joseph Blanchard et je ne me suis pas ennuyé. En arrivant j’ai pris ma caisse individuelle que j’avais au 140. Le lendemain je prends le tacot pour Grenoble à 5 h ½ du matin. J’arrive à 9 h. Je vais chez mon ami Champagnol lui faire payer à dîner et chercher les effets que j’y avais laissé avant la guerre et je reprends le train pour Briançon à 6 h. J’arrive à minuit à Gap. Je vais coucher à l’hôtel. Le lendemain 26 je reprends le train pour Briançon à 6 h du matin et j’arrive enfin à 10 h ½. L’on me cueille à la gare et l’on m’emmène à Berwick avec deux jours de retard et je n’ai rien eu. Je reste huit jours à la 27 ème compagnie et l’on me renvoie à la 25 ème pour m’entrainer et j’y suis resté jusqu’au 24 juillet. Je passe la visite des mobilisables le samedi 25 et j’ai passé à la 28 le dimanche 26 juillet jusqu’au 11 août. Parti pour le 359 à 6 h du matin. 5 h d’arrêt à Gap. Repartis à 2 h arrivés à Livron à 9 h ½. 2 h  d’arrêt ; repartis pour Lyon à 11 h du soir. Arrivés en gare de Perrache à 2 h ½. Je suis sorti en ville pour voir mon patron Gagneur. Nous sommes repartis pour Dijon où nous sommes arrivés à 4 h ½ de l’après midi. Nous avons été cantonné en ville au théâtre sur la place Darcy.

Rassemblement à 2 h pour repartir sur Gray où nous sommes arrivés à 7 h. Arrêt jusqu’à 11 h.

De là nous repartons sur Anoult, gare de débarquement ; station avant d’arriver à Fraise. C’était le 14 août à 11 h du s….

Retour au front : Alsace ; Fraize

 

Le carnet s’interrompt brutalement à cet instant

 

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